<retour-boudhatour>


73 Elle conduit les êtres dans les enfers, Chez les esprits avides ou chez les animaux Les êtres puérils, emplis de colère, Comment pourraient-ils être en paix ? Ils déclarèrent : - L'écoute de la sainte Doctrine Libère de toute souffrance. Notre esprit est puéril et ignorant, Mais, délivrés de toute souffrance, Nous avons écarté toute action négative. Puissions-nous recevoir le don de la Doctrine ! Ayant écarté toute action négative, Nous avons aussi abandonné la souffrance. Puissions-nous bien vite voir l'Eveillé parfait, Le médecin qui soigne toutes les maladies. Il est le roi des médecins, Car il guérit tous ceux qui souffrent. Aîné ! Allez vite Rendre hommage à l'Eveillé ! Respectueusement, rapportez nos paroles Au Maître du Monde. « Éliminez cette maladie. Le corps tout entier est un brasier. Éteignez cet effroyable feu Qui brûle sans répit et détruit toute paix. Le fardeau du corps est un lourd fardeau, Un fardeau très pointu et acéré. Ascète qui a prêté serment, ayez pitié de nous Que la douleur tourmente. Perpétuellement opprimés, les êtres Portent le fardeau de l'ignorance et de l'aversion. Sans savoir comment s'en libérer, Ils l'endossent sans cesse. 74 Ceux qui ignorent qu'une voie conduit à la libération Et ne perçoivent pas la voie de la libération, Savent pourtant que la mort existe, Mais cela ne les effraie pas. Pensant : "Jamais je ne mourrai", Ceux qui demeurent dans le confort, S'illusionnent totalement. Et ainsi, même la vue De leur mère qui se meurt ne les alarme pas. Certains ne se souviennent pas de leur père Accablé par la maladie, Perpétuellement soumis Aux passions et au karma. Comment alors pourrions-nous manger ? La souffrance et l'ignorance nous ont usés Et épuisés inutilement. Une souffrance comme la vôtre Est le produit de l'ignorance. La conscience, les sensations Et les facteurs mentaux conditionnés Sont un lourd et terrifiant fardeau. Sans connaître la Doctrine. Les êtres soumis au désir errent continuellement. Ensevelis sous le poids du corps Ils viennent au monde pour rien. Il leur faut du linge propre et fin Des bains parfumés, des onguents. Il leur faut de savoureuses nourritures Qui mettent le corps en valeur. Les oreilles incitent à rechercher Les cinq instruments au son plaisant. Les yeux s'attachent aux formes Composées des sept substances précieuses. 75 La langue aussi incite à goûter À toutes les saveurs succulentes. Le corps conduit toujours à rechercher Des objets légers et doux au toucher. Ce corps obtient même du plaisir Par l'accouplement de la chair. Un corps sans âme en est le produit. Qui y trouverait du plaisir ? À porter des chaussures élégantes, Mes pieds prennent plaisir. Pourtant, au moment de mourir, Vêtements et lotions n'offriront aucune protection. Si même le corps ne nous protège pas, Vêtements et onguents le feront encore moins. « Humain" désigne le corps. Il obtiendra le souffle et une grande force. Le pouvoir de l'écoute et du discernement. Ce corps possède ainsi de grandes dispositions. Jadis, toujours accompagné de mes chevaux et de mes éléphants, Je ribaudais de ci de là. Ne connaissant pas la Doctrine qui libère, Comme j'étais attaché aux actes nuisibles ! Ne connaissant rien des vies futures, Je m'amusais à faire le mal. Sans cesse je renaissais Et sans cesse la mort revenait. Sans cesse je voyais la peine, Étroitement liée aux lamentations. Je voyais mourir des mères Je voyais aussi mourir des pères, Compagnons, soeurs, enfants, épouses. Puisque tous les phénomènes composés sont vides, Quel être sensé serait-il attaché ? 76 Mais mon esprit, prisonnier des désirs, Leur accordait sa confiance. Je n'étais pas inspiré par la paix de la Doctrine. On ne peut prendre plaisir à mourir. Mon esprit étant voilé par le désir, Je n'ai fait aucune offrande. Dans la faute, le désir n'a pas son égal. Et pourtant, je ne m'en détourne pas. Nous sommes nés dans l'erreur complète. Les êtres vivants sont constamment dans l'erreur. Nous entendons des sons et, dans l'erreur, Nous appréhendons ce qui n'est pas la pure Doctrine. Nous recherchons la libération et la méditation. Nous ne porterons plus le fardeau qu'est le corps. Pour le bien du monde, puissions-nous devenir Les seigneurs des êtres ; des éveillés qui enseignent. Un éveillé est le père et la mère du monde. Un éveillé qui montre la voie Déverse une pluie de gemmes Sur la Terre toute entière.


Les êtres immatures ne savent pas Ce qu'est l'agrégat de la Doctrine. Celui qui dédie son esprit à l'éveil, Actualisera l'agrégat de la Doctrine. Tous les facteurs composés sont vides. Biens et richesses sont également vides. Lorsqu'on se perçoit soi-même comme vide, À ce moment, il n'y a pas d'espoir. Bhaishajya-séna l'Aîné, Écoutez ces paroles qui sont les nôtres ! Pour les bodhisattvas, Nous vous demandons d'être le messager. Se souvenant des imperfections du samsara, 77 Les bodhisattvas ne sont jamais las. Pourvus d'enthousiasme et d'un grand ascétisme, Ils recueilleront toutes les qualités. Allez où réside celui qui enseigne. L'Instructeur pleinement éveillé et heureux. Le Vainqueur sans lassitude aucune. Pour nous, dites-lui : Vous avez triomphé de Mara Et annihilé son pouvoir. Vous avez promptement fait briller la Doctrine Qui contient et soutient tous les êtres. Puisque nous n'avons pas entendu Cette Doctrine qui produit les éveillés, Pour notre bien, Aîné, Faites vite, allez ! Nous n'avons pas vu Celui-ainsi-allé Doté de trente-deux marques, Tant que nous ne l'avons pas vu, nous ne traverserons pas. Parlez-lui ainsi ! Nous attendons tous, avec respect. Bhaishajya-séna répondit : - Levez les yeux, un instant ! Que voyez-vous tout là-haut ? Ils levèrent les yeux et virent en tout Trois mille cinq cents palais, Qui, partout, demeuraient ; Magnifiquement ornés des sept types de gemmes Et joliment décorés d'un lacis de bijoux. Le centre était jonché de fleurs épanouies, Des parfums d'encens divins embaumaient l'air. Ils demandèrent alors à l'Aîné : - Pourquoi voyons-nous apparaître Ces palais de bijoux entrelacés Couverts de filaments de lotus ? 78 Bhaishajya-séna déclara : - C'est là où vous habiterez Et verrez l'Eveillé. Allez rendre hommage au Maître, Celui qui a transcendé le monde Et illumine le monde Ils dirent : - Nous ne connaissons pas le chemin pour aller jusqu'à lui Et nous ne voyons pas Celui-ainsi-allé. Puisque nous ne connaissons pas la voie, Où devons-nous aller pour lui rendre hommage ? Bhaishajya-séna répondit : - Aussi vrai que l'espace est infini Et ne peut être touché, Il est impossible d'aller Rendre hommage au Maître Qui octroie l'immortalité. Là où se trouve le Mont Sumeru, Le Maître demeure aussi. On peut mesurer le Mont Sumeru Et les profondeurs du grand océan. On peut compter les grains de poussière D'un univers de trois mille milliards de mondes, Mais on ne peut savoir quand les éveillés apparaissent. Les bodhisattvas des dix directions Vénèrent celui qui illumine le monde. Ils déclarèrent : - Protecteur du Monde, regardez-nous ! Exaucez nos souhaits ! Du fond du coeur, nous rendons hommage au Maître. Puissions nous en obtenir le fruit. 79 Bhaishajya-séna dit : - Le Maître, qui délivre de l'existence conditionnée Et soutient la cause des êtres, N'est pas attaché aux encens, Guirlandes de fleurs ou onguents. Le mara le plus redoutable Ne combattra pas Ceux dont l'esprit est maîtrisé Et qui prennent refuge en l'Eveillé. Ils ne seront pas soumis au pouvoir de la mort Et obtiendront vite le dharani. Leur esprit sera animé d'une foi pure Et ils verront alors le Maître. Puis le Vainqueur Transcendant, Celui-ainsi-allé, dont la voix est aussi douce que le chant de l'hirondelle, montra un sourire. Alors, le bodhisattva, le grand être Bhaishajya-séna se leva de son siège et, joignant respectueusement les mains devant Celui-ainsi-allé, s'adressa à lui : - Vainqueur Transcendant, quatre-vingt-quatre mille rayons de lumière sont apparus de votre visage et ont illuminé cet univers de trois mille milliards de mondes et tout ce qu'il contient. Les trente-deux grands enfers furent également baignés de lumière. Ces rayons aux couleurs variées - bleues, jaunes, rouges, blanches, violettes, irisées et argentées - ont aussi illuminé les trentedeux domaines des dieux. Émanant du visage du Vainqueur Transcendant, ils ont, de multiples façons, apporté le bonheur aux êtres de cet univers de trois mille milliards de mondes. Puis, ils sont retournés, ont circumambulé le Vainqueur Transcendant par sept fois et ont disparu dans la couronne du Vainqueur Transcendant. Quelle est la cause du sourire manifesté par le Vainqueur Transcendant et de tout ce qu'il a engendré ? Quelles en sont les raisons ? Le bodhisattva, le grand être Bhaishajya-séna dit encore au Vainqueur Transcendant : - Si l'occasion m'en était donnée, j'aimerais poser une question au Vainqueur Transcendant, Celui-ainsi-allé, le Destructeur-de-l'ennemi, l'Eveillé parfaitement accompli.


Le Vainqueur Transcendant répondit alors au bodhisattva, le grand être Bhaishajya-séna : 80 - Bhaishajya-séna, pose toutes les questions qui te tiennent à coeur. J'y répondrai et expliquerai tout ce que tu souhaites. - Vainqueur Transcendant, lorsque les trente milliards de jeunes qui étaient apparus eurent compris les subtilités de la Doctrine de Celui-ainsi-allé, ils dirent aux anciens : "Vous les anciens, vous ne connaissez pas la Doctrine. Toujours vous vous attachez à la non-vertu et à ce qui n'est pas la Doctrine." Ainsi, qu'ils expriment subtilement des paroles déplaisantes, parlent sans réserve et donc blessent les autres, Vainqueur Transcendant, pourquoi prononcèrent-ils ces mots plaisants et agréables ? - Bhaishajya-séna, ne sais-tu pas pourquoi ils s'exprimaient ainsi. Ils adressaient ces mots doux et plaisants à Celui-ainsi-allé parce qu'ils ont entendu la Doctrine. Bhaishajya-séna, de ce fait, ils comprendront le sens de toute la Doctrine. Ils seront pourvus de toutes les qualités. Ils accompliront les dharanis. Désormais, ils seront établis dans les dix terres. Aujourd'hui, ils feront retentir le grand tambour de la Doctrine. Aujourd'hui, ils posséderont tous les attributs de la grande Doctrine. Bhaishajya-séna, vois-tu ces hauts palais ? - Oui, Vainqueur Transcendant, je les vois ! Oui, Bienheureux, je les vois ! - Bhaishajya-séna, dès aujourd'hui, ces jeunes siégeront dans ces hauts palais et obtiendront une compréhension claire de la Doctrine. Aujourd'hui même, ils parachèveront toutes les qualités vertueuses. Aujourd'hui, ils feront retentir le grand tambour de la Doctrine. Aujourd'hui, de nombreux dieux obtiendront la réalisation directe de la Doctrine. Après avoir entendu l'exposé de la parfaite sagesse de Celui-ainsi-allé, de nombreux êtres qui ont chuté dans les enfers et vivent dans de mauvais royaumes, triompheront des cycles d'existence. À ce moment-là, les quatre-vingt-dix milliards d'anciens obtiendront le fruit de l'entrée dans le courant et détiendront également la Doctrine. Bhaishajya-séna, ils écarteront définitivement toute souffrance. Bhaishajya-séna, ils accompliront tous la vision de Celui-ainsi-allé. Bhaishajya-séna, ils posséderont aussi le son de la grande Doctrine. Bhaishajya-séna, regarde aux quatre directions. Le bodhisattva, le grand être Bhaishajya-séna, observa attentivement les quatre directions. Depuis l'est, venaient des bodhisattvas en nombre égal aux grains de sable de cinquante millions de fleuves Gange. Depuis le sud, venaient des bodhisattvas en nombre égal aux grains de sable de soixante millions de fleuves Gange. Depuis l'ouest, venaient des bodhisattvas en nombre égal aux grains de sable de soixante-dix millions de fleuves Gange. Depuis le nord, venaient des bodhisattvas en nombre égal aux grains de sable de quatre-vingts millions de fleuves Gange. Depuis le nadir, venaient des bodhisattvas en nombre égal aux grains de sable de quatre-vingt-dix millions de fleuves Gange. Depuis le zénith, venaient des bodhisattvas en nombre égal aux grains de sable de cent 81 millions de fleuves Gange. Une fois arrivés, ils s'installèrent devant le Vainqueur Transcendant, sur un côté. Le bodhisattva, le grand être Bhaishajya-séna demanda alors au Vainqueur Transcendant : - Vainqueur Transcendant, quelles sont ces formes noires et ces formes rouges que l'on peut voir, là-haut dans le ciel ? - Bhaishajya-séna, ne sais-tu pas ce que sont ces formes noires et ces formes rouges que l'on peut voir dans le ciel ? Celui-ainsi-allé le sait. Bhaishajyaséna, il s'agit de Mara. Bhaishajya-séna, veux-tu voir ? - Oui Vainqueur Transcendant, je le veux ! Oui Bienheureux, je le veux ! - Bhaishajya-séna, des bodhisattvas en nombre égal aux grains de sable de cent millions de fleuves Gange sont arrivés. - Vainqueur Transcendant, quelle est la raison de la venue de ces bodhisattvas ? Quelles en sont les conditions ? - Bhaishajya-séna, les jeunes en sont la raison. Par eux, tous les êtres posséderont la Doctrine de la méditation. Bhaishajya-séna, vois-tu ces êtres de diverses formes qui sont arrivés jusqu'ici et les diverses bénédictions venues jusqu'ici au moyen de pouvoirs miraculeux ? - Je vois des bodhisattvas en nombre égal aux grains de sable de cent millions de fleuves Gange et des bodhisattvas en nombre égal à cent mille milliards de fleuves Gange, demeurant au moyen de pouvoirs miraculeux, demeurant sous diverses formes, diverses couleurs et divers aspects. Tous ces bodhisattvas demeurent dans le domaine de la Noble Doctrine. J'ai vu ces bodhisattvas demeurant dans les lieux de la Doctrine, en compagnie de leur entourage.


Le Vainqueur Transcendant s'étant ainsi exprimé, le grand être Sarvashura, le bodhisattva, le grand être Bhaishajya-séna, tous les bodhisattvas jeunes et anciens, l'assemblée toute entière, le monde avec ses dieux, hommes, titans et musiciens célestes se réjouirent et louèrent les paroles du Vainqueur Transcendant. Ainsi s'achève le noble Sanghæta soutra, expression de la Doctrine. 82 Traduction française de Christian Charrier d'après le texte tibétain, la traduction anglaise de Lhundroup Damcheu et celle de R.A. Gunatilaka d'après le texte sanscrit.



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